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L’élection en Novembre 2008 de Barack Obama à la magistrature suprême aux USA, fut un événement. Aux festivités qui ont éclatées partout dans le monde à l’annonce de la victoire de Barack Obama, les divinités s’étaient manifestées à Abidjan, à travers orages et grondements de tonnerre, comme pour reprocher aux humains de trop vite se réjouir d’un signe dont ils n’ont pris le temps de percevoir ni la portée, ni le sens.

Barack Hussein Obama est à la fois un symbole et un signe. Cette double chance n’est pas donnée au premier venu. Il est, assurément, le symbole de la réussite individuelle dont les Américains sont les chantres. Surévaluation de l’individu par opposition à la communauté péjorativement suspectée de « communautarisme« . Obama est aussi le signe d’une Afrique, principalement noire, longtemps exclue de l’Histoire.

« OBAMA SONG »

Le 4 Novembre 2008, le poète-cinéaste, Dominique Dubosc se trouvait en plein cœur du quartier noir de New York. Il a enregistré beaucoup d’images dont il a extrait « Obama Song » : « Le bonheur de Harlem à l’annonce de la victoire de Barack Obama. Blues cinématographique improvisé. »[i] A la fin de cet excellent documentaire de 18 minutes, quand la rue se vide de ses festivaliers, apparaît, comme dans les contes de fée, une dame « chevauchant » un balai, bon dieu que veut-elle nous suggérer ? Comble de hasard, dans cette rue vide, arrive poussé par le vent, un sachet noir qui s’immobilise en plein milieu du cadre de l’image. Fin. Merci Dominique Dubosc. Ce Sachet noir providentiel, que nous réserve-t-il ? Quel en sera le contenu ?

Dans l’humanité, les grands hommes sont toujours conscients de la valeur du signe qu’ils représentent, et ils consacrent leur vie à sa réalisation. Bouddha, Moise, Le Christ, Mahomet, Socrate, Gandhi, Houphouët, etc. …

L’élection d’Obama sonne pour moi, comme un appel au secours lancé à l’humanité. Un appel du pied que les Etats Unis d’Amérique font en direction de l’Afrique. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. La nomination de Kofi Annan comme septième Secrétaire général de l’ONU en 1997, n’est pas innocente. Le monde, dans son tâtonnement, espérait la venue d’un vent d’Afrique susceptible d’apporter de l’oxygène aux mécanismes des relations internationales rouillés depuis belle lurette. Monsieur Kofi Annan en bon élève alphabétisé (peut-on le lui reprocher ?), s’est contenté de suivre la voie du maître et ne fut qu’un Secrétaire général parmi d’autres.

« PEAU NOIRE MASQUE BLANC« [ii]

N’est-ce pas aussi un des drames de l’Afrique que ses propres enfants ne soient pas véritablement Africains ? Car il existe réellement un énorme malentendu sur la question. Eviter le piège de la définition de l’Africanité par les gènes et la pigmentation de la peau, ne nous dispense pas d’apporter un éclaircissement. Pour échapper aux considérations brumeuses d’intellectuels africains tels que Cheikh Anta Diop, Léopold Sédar Senghor, Kwame Nkrumah…, faisons appel au « premier paysan de Côte d’Ivoire« , Félix Houphouët-Boigny :

– « Ce qui nous différencie de nos frères des pays développés qui connaissent l’écriture, c’est que la mémoire est plus paresseuse chez vous puisque vous confiez tout au papier… vous ne pouvez pas ne pas recourir au papier même pour ce que vous avez écrit vous mêmes vous ne vous souvenez plus, il faut que vous ayez recours au papier mais nous qui n’avons pas de lettres tout est dans la mémoire… »

L’approche de Félix Houphouët-Boigny est d’une justesse défendable. Car la différence fondamentale entre l’Occident et l’Afrique réside dans le face à face entre l’Ecriture et l’Oralité. L’une et l’autre imposent des visions du monde et des comportements diamétralement opposés. L’Africanité est une affaire de vision et de fonctionnement (comportement). Dès lors que vous êtes soumis exclusivement aux lois du papier, vous coupez automatiquement le cordon ombilical qui vous relie à la réalité de l’Afrique. Houphouët-Boigny  répétait inlassablement : « La paix n’est pas un mot mais un comportement ». De ce point de vue, tous les peuples agraires, tel que la Grèce antique, étaient « africains ».  Voilà ce qui pourrait donner un parfum de justesse à ce mensonge des livres que nous apprenions par cœur pendant notre enfance :

« La France s’appelait autrefois la Gaule. Nos ancêtres les Gaulois » étaient principalement des paysans qui habitaient dans des villages.  « Leurs maisons sont faites de boue séchée. Les toits sont couverts de paille ou de roseaux ».[iii] La Gaule est un souvenir lointain qui nous est de peu de secours. L’Afrique est une réalité actuelle pleine de promesses.

Les électeurs américains qui ont choisi le fils d’un « berger » d’Afrique, ont obéi à une intuition juste. Obama avait la chance d’apprendre de l’Afrique afin d’apporter au monde plus de justice et de dignité. Sur ce plan malheureusement il faut le dire, le rendez-vous d’Obama avec l’Afrique fut un rendez-vous manqué pour plusieurs raisons. Le choix du Ghana comme premier pays africain à visiter est une erreur indigne de la grande Amérique des challenges. En Afrique de l’ouest le foyer bouillonnant de problèmes était la Côte d’Ivoire et non le Ghana. La deuxième erreur : Quand un fils arrive sur la terre de ses ancêtres, il se tait, écoute et apprend. Au lieu de cela, Obama s’est permis de fustiger le « tribalisme en Afrique », de fanfaronner en donnant des leçons de « Démocratie » à ses ancêtres. Il a trop parlé, révélant ainsi au monde qu’il n’est pas « Africain » c’est dommage.

Si deux siècles de présence et d’activisme des Occidentaux en Afrique, n’ont apporté le développement, il faut aujourd’hui admettre qu’il est trop tard. La problématique du développement de l’Afrique est désormais, un combat d’arrière garde perdu d’avance. Les Occidentaux du 21ème siècle, épuisés et mécanisés par la civilisation industrielle, ont besoin de reconstituer leur humanité perdue. L’Afrique ayant échappée à la machine broyeuse d’humanité, constitue une importante réserve à cet effet. L’Afrique n’attend plus de l’Occident, elle a tout à donner au monde.

« DÉMOCRATIE », UN VEHICULE ROUILLÉ

Pour résoudre le problème de la paix et de la sécurité du monde, il est urgent que les dirigeants occidentaux comprennent que les « dictateurs africains » ne sont pas des « Africains », mais des élèves de l’Occident dont ils sont la caricature. Et de deux, ces « élèves dictateurs » ne commettent pas des fautes de « Démocratie » mais leurs comportements en eux-mêmes constituent des critiques de la « Démocratie », car la démocratie occidentale est un véhicule rouillé dont il faut pourvoir au remplacement pour accéder à de nouvelles formes de démocratie ouverte, plus directe et plus respectueuse de l’homme et de l’environnement.

Matériellement parlant, la force principale de l’ONU, c’est les Etats Unis. Le pays le plus puissant de la planète, leader d’une civilisation occidentale qui s’est auto-proclamée seul étalon de l’universalité, est en butte à un des problèmes les plus graves de l’humanité: le terrorisme qu’il a pourtant lui-même généré.

Ayons le courage de reconnaitre que les attentats du 11 Septembre 2001 ont provoqué un véritable traumatisme principalement, dans le monde occidental. S’il est permis de s’exprimer crûment, disons que Obama est un produit du 11 Septembre 2001. Après la réussite de ces graves attentats, c’en étaient fini des successions ad vitam aeternam[iv], des « Bush » père et fils. L’Afrique, ce continent dont la valeur tournerait autour de 2% dans la balance du commerce mondial, devient subitement le dernier recours de l’Occident qui a perdu son latin. Il faut au monde une nouvelle vision pour sa survie !

Les quatre ans de règne d’Obama nous permettent d’affirmer qu’il a personnellement profité de l’Afrique sans pour autant être conscient de la valeur de ce continent. Obama a réalisé le rêve que les « Bush » auraient été incapables de réussir : « Repérer, capturer et tuer Ben Laden« , puis transférer le terrorisme en Afrique. Aujourd’hui, ce ne sont plus les tours de Manhattan qui sont en danger mais les mausolées de Mopti dans le désert du Mali. Tout cela est passé comme une lettre à la poste grâce au parfum d’Afrique. Ce premier mandat d’Obama a servi à réaliser le programme des « Bush ». C’est petit. L’admirable Amérique, celle des pionniers bâtisseurs, de la conquête spatiale, ne doit pas se comporter comme un petit pays attaqué qui a peur et qui se défend.

HOLLYWOOD, NOTRE AMÉRIQUE

A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Notre Amérique devrait arrêter de jouer le mauvais rôle qui consiste à toujours reproduire la seconde guerre mondiale. La reproduction des succès passés, voilà ce qui a provoqué la faillite d’Hollywood la grande machine à rêves. A force de « remakes » l’industrie du cinéma a fini par « tuer » l’imagination et la créativité. Hollywood, même morte, continue de nous servir des « Apocalypse Now« [v] Si le crime massif est inséparable de la civilisation moderne, cela se comprend car le scalpel[vi] était un instrument incontournable de la production industrielle. Au vingt unième siècle, le « village planétaire » qui caractérise notre univers postmoderne, nous donne le choix.

Dans le vieux « Monde moderne« , à Hollywood, la narration cinématographique se pratiquait à coups de scalpel. Sur la table de montage, le métrage du film était soumis à des opérations de dissection et de collage pour obtenir une bande linéaire qui fonctionne comme une sorte de tunnel avec une entrée et une sortie, de la première image à la dernière. Quand sur la ligne narrative quelque chose ne va pas, l’on est obligé de tout détruire, retourner dans les chutiers et les poubelles récupérer les morceaux éliminés et recommencer à zéro.

Aujourd’hui, la technologie numérique nous permet le montage non destructif et non linéaire. Les données de base sont préservées et jamais détruites. Tout point de la ligne narrative peut-être une entrée et une sortie.

Alors, cette nouvelle magie qui préserve les données, les vies, et nous permet de sortir du tunnel à tout endroit, pourquoi s’en priver ?

« YES, WE CAN »

La numérisation fonctionne à Hollywood et bientôt toutes les télévisions du monde seront au numérique. Pourquoi ne pas numériser la « Démocratie », à commencer par la reformulation de la Constitution écrite ?

Cela relève des « Grands Travaux d’Hercule » auxquels il faut s’atteler. Pour éviter que la réélection de Barack Obama, quatre ans après, en 2012, ne soit la triste banalisation d’un événement important, disons à l’Amérique, au monde et à notre fils Barack Obama, « YES, WE CAN ». Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

http://www.morytraore.com/


[ii]Allusion au titre de Frantz Fanon, « PEAU NOIRE MASQUES BLANCS » Paris: Les Éditions du Seuil, 1952, 239 pp. Collection: la condition humaine.

[iii] Bonifacio, A., & Mérieult, L. . 1952, Histoire de France Cours élémentaire, Paris : Classiques Hachette.

[iv] Expression latine signifiant : « pour la vie éternelle »

[v]Apocalypse Now est un film américain réalisé par Francis Ford Coppola sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness).

Un nouveau montage du film est sorti en 2001 sous le titre Apocalypse Now Redux.

[vi] Instrument de chirurgie utilisé pour pratiquer des incisions et disséquer.

 

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