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Nous avons la conviction au RCCD, que la « crise ivoirienne » est une petite distraction qui nous éloigne de la résolution du véritable problème de la Côte d’Ivoire. Nul besoin au niveau local de réconciliation car il n’y a aucun différend sérieux qui oppose les Ivoiriens  les uns aux autres. Ni les Africains les uns aux autres. C’est vrai que nous avons connu la guerre, les tueries occasionnées par la misère, mais si réconciliation il y a, cela devrait être entre les « Africains » (vrais) et le « Blanc colonisateur« . La colonisation industrielle a créé en Afrique des problèmes nouveaux qu’elle n’est pas capable de résoudre jusqu’à nos jours : A savoir, l’amplification de la discrimination et de l’exclusion.

L’Afrique du Sud, le « pays arc en ciel » semblait nous offrir un exemple « réussi » de réconciliation. Mais avec le temps, l’évidence s’impose à nous, que les Noirs croupissent toujours dans la misère et que l’apartheid n’a disparu que de nom. Les observateurs avertis savent que l’Afrique du Sud n’est malheureusement pas à l’abri d’un bain de sang.

l'apartheid mondial
L’exclusion en Février 2012, du leader de la Ligue de jeunesse de l’ANC[1], Julius Malema, n’est certainement pas la meilleure réponse au problème posé. De toutes façons, l’apartheid Sud-Africain n’était que la folklorisation locale d’un problème mondial.

L’Apartheid est en fait, un système mondial que nous nous devons de démanteler au plus vite, pour préserver la paix dans le monde. l'apartheid mondial

Dans l’excellent film réalisé par Dominique Dubosc, « OBAMA SONG »[2], le jour de l’élection, un Noir s’égosille dans une rue de Harlem : « On a besoin d’Obama, pour changer ce foutu monde ! » (Fin de citation). Et ce « foutu monde » continue de s’imposer à nous.

Ce problème, certes, nous dépasse tous. Les leaders et les pays les plus puissants du monde, pendant plus de deux siècles ont été incapables de le résoudre. Dans cette condition, que peut-on attendre d’un pays sous développé et de son Président ? La panacée de la Démocratie occidentale ne fonctionne pas en Afrique. Dans les pays développés où cette « démocratie » se maintient, elle nous offre un spectacle ridicule et pauvre qui se réduit à l’alternance entre « Parti au pouvoir et Parti d’opposition« . Une démocratie institutionnelle et représentative qui fait la part belle à des « mafias » économiques et à des organisations non démocratiques, reléguant ainsi au second plan les peuples et les citoyens. Un monde à l’envers. l'apartheid mondial

Il ne s’agit pas aujourd’hui de simplement copier un modèle décadent, mais de rendre la démocratie plus démocratique. C’est dans ce sens que l’Afrique peut innover en apportant à la démocratie moderne une vision plus juste et plus humaine.

Monsieur Alassane Ouattara, nous admirons votre détermination et vous félicitons d’avoir accepté d’être le Président de la République de Côte d’Ivoire. Nous avons tous intérêt à ce que votre victoire électorale et militaire devienne une véritable réussite profitable à toute la Côte d’Ivoire, à l’Afrique et au monde. Pour cela nous vous demandons personnellement de veiller à la dépolitisation systématique de notre environnement vicié par le couple « parti au pouvoir/parti d’opposition ». En clair, nous débarrasser de la politique partisane, en favorisant l’existence d’une critique citoyenne forte. La démocratie a besoin pour son épanouissement d’une forte critique citoyenne mais non d’un parti d’opposition systématique.

Par ailleurs, les partis politiques étant des associations dont l’utilité publique est discutable, il ne nous paraît pas décent que l’Etat les finance uniquement pour cette caractéristique. Toutes les associations civiles, tribales, religieuses ou professionnelles ont une importance politique. Nous vous suggérons de déterminer des critères justes et pertinents d’attribution des subventions à toutes les associations en Côte d’Ivoire. Ce sera par la même occasion, une bonne manière d’intégrer les composantes de la société exclues du marché de la politique. Cependant, une meilleure intégration sera obtenue par la réécriture de la loi fondamentale (la Constitution écrite) dans sa forme et son contenu pour en extirper les discriminations et exclusions arbitraires. Cela est impératif si nous ne voulons pas toujours assister, impuissant, à la répétition de l’Histoire (cycle de violences) et à l’amplification du terrorisme.

Les dissensions internes sont des distractions qui ne constituent pas le véritable problème de la Côte d’Ivoire et des Africains, qui demeure celui de la discrimination et de l’exclusion. Car il ne faut pas se leurrer,« la crise ivoirienne n’est ni plus ni moins qu’une affaire de colonisation mal digérée » de part et d’autre, tel que nous le disions dans notre film documentaire intitulé : Côte d’Ivoire Terre d’Espérance, réalisé en 2005.

Excellence Monsieur le Président de la République, il ne convient pas de tout écrire dans une simple lettre de quelques pages. Aussi nous nous tenons à votre entière disposition et serions heureux de pouvoir poursuivre ce dialogue que nous enclenchons, afin d’apporter notre contribution à la réussite de l’immense entreprise que vous avez la charge de piloter.

Tout en vous remerciant infiniment pour l’attention que vous nous accordez, veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

morytraore

Extrait de : Lettre à SEM Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire.

[1] Sigle de African National Congress.

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