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Merah par ci, Merah par là, devenu comme une obsession dans presque toute la presse française. Des films lui sont consacrés. « Merah : Itinéraire meurtrier d’un terroriste solitaire » Tout ces bruits médiatiques autour d’un pauvre criminel affublé du manteau de terroriste, lui confèrent l’importance d’un héros.

Mohamed Merah, jeune toulousain d’origine maghrébine, soupçonné d’une série d’assassinats, d’un militaire à Toulouse et de deux autres militaires à Montauban, puis d’une tuerie de quatre personnes dont trois enfants dans une école juive. Identifié, la police prend d’assaut son domicile dans un quartier de Toulouse vers 3h. 15. C’était le 22 mars 2012. Le dénouement, mené par le RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) fut fatal pour le criminel. La Police Nationale en le tuant, encourt le risque d’être taxée de criminelle.

Cette affaire douloureuse dont on n’a pas encore tiré de bonnes leçons, est l’occasion de parades. « Toulouse s’est replongée lundi 11 mars, un an après, dans le souvenir des crimes de Mohamed Merah, personnifié par le visage de sa première victime, le parachutiste Imad Ibn Ziaten. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, présent sur place, l’a décoré de la légion d’honneur à titre posthume. » S’ensuivront une série d’hommages aux autres victimes de Mohamed Merah.

Aucun héroïsme dans un drame macabre, ni à être criminel, ni à être victime.

D’où, l’indignation d’un lecteur du Figaro, Alain Cuvellier : « Extravagance gouvernementale ! Je me demande si ce n’est pas lui qui est décoré en remettant la médaille à une de ses victimes. Je me demande pourquoi cette victime et pas les autres : est ce une question de religion ? Des policiers, des bijoutiers sont victimes d’assassinats sans avoir droit à autant d’égards et pour eux la légion d’honneur ne doit pas venir honorer un fait divers. Quand ce gouvernement va- t-il arrêter de monter sur des cadavres pour prouver aux français qu’il existe ? »

Terrorisme, ce fameux cheval de bataille qui semble faire l’unanimité. Qu’est-ce en fait, le terrorisme ? On effleure à peine la question sans trop aller loin dans la réponse, au risque de se mélanger les pédales et surtout de se faire taper dessus. Il faut avouer que la réflexion sur le terrorisme est bloquée à cause du terrorisme de ceux qui combattent le terrorisme.

Les ennemis du terrorisme sont aussi demeurés que les terroristes, en ce sens qu’ils utilisent tous les mêmes armes rétrogrades, de destruction. L’un et l’autre sont des dangers réels pour la paix mondiale et la sécurité humaine. C’est peine perdue que de vouloir les distinguer l’un de l’autre. Quand sur le champs de bataille, les militaires de l’armée régulière du Mali ont découvert des liens de complicité entre les trafiquants islamistes et le pouvoir gouvernemental, ils ont rebroussé chemin et le doucereux président ATT (Amadou Toumani Touré) a eu sa survie grâce à la fuite, en escaladant les murs du palais. Sans parler du financement supposé par Kadhafi de l’élection de l’ex-président français, l’ambiguïté des relations entre « les terroristes islamistes » et « les terroristes républicains » n’est plus à démontrer. Si différence il y a, ce serait que les premiers meurent au front, tandis que les seconds envoient à la mort les enfants de pauvres citoyens sans leur permission.

Aucune « urgence humanitaire » ne peut justifier la mort. Pas même cette boursouflure bizarre qu’on appelle la Démocratie. La vraie démocratie aide à vivre et non à tuer.

Nous sommes très peinés par l’indifférence apparente des gouvernants face aux appels au secours d’otages désespérés. Si la vie n’a pas de prix, lorsqu’il s’agit de payer une rançon, qu’attend-on pour le faire ? Il est effrayant que le gouvernement algérien, sans concertation aucune avec les pays dont les otages sont ressortissants, a pris sur lui la responsabilité de massacrer et les otages et les terroristes ! Les terroristes islamistes en réclamant une rançon, reconnaissent implicitement la valeur humaine. Est-il admissible que des autorités gouvernementales aient une attitude pire ?

Le terrorisme dont parle abondamment la presse, aussi impressionnant soit-il, est un acte exceptionnel et surprenant.

Savez-vous qu’il existe aussi une sorte de terrorisme quotidien non moins violent, dont des milliers de gens sont victimes ? Des individus, des catégories de citoyens honnêtes qui n’ont commis aucun crime et qui ont suffisamment la force de ne jamais sombrer dans le crime, mais qui sont jour et nuit, inquiétés, persécutés et traqués comme s’ils étaient « Ben Laden »  en personne ?

mory traoré

Je pourrais vous raconter des tas d’exemples dont ma vie personnelle est parsemée. Des souffrances accumulées jusqu’à ce jour. Comment j’ai été victime de comportements injustes, humiliants et absolument incompréhensibles de la part de ma banque (LCL en France). Des attitudes arbitraires sans nom qui ne s’expliquent par aucune logique ni juridique ni humaine et qu’on appelle souvent discrimination, exclusion, racisme, apartheid, qui ont abouti, en ce qui me concerne, au blocage puis à la fermeture de mon compte bancaire. Des ennuis qui ont occasionné de mon coté la perte de vie de personnes qui me sont chères. Ce que je vous raconte est d’actualité récente. Si en Côte d’Ivoire vous osez toucher aux intérêts d’un « Bouygues », cela justifiera une descente de l’armée française et une guerre. Je ne crois pas que la Côte d’Ivoire ait atteint un niveau de développement qui la rende capable de défendre un de ses ressortissants lésé.

mory traoré

D’autres souvenirs liés à ma jeunesse, pendant mes années d’apprentissage en France. J’avais un ami Maghrébin condisciple d’un cours de théâtre. Après les entrainements tardifs la nuit, il lui fallait rassembler sa dernière énergie pour élaborer une stratégie efficace pour rejoindre son dortoir dans une banlieue parisienne.  Comment éviter à la fois les harcèlements d’une police hostile et les risques d’être agressé par des jeunes  extrémistes, armés de coups de poing américain, de chaînes et de couteaux, qui attendent dans des recoins les étrangers pour régler leur compte. Une vie de calvaire dans cette France des années 70, où l’on mettait des chiens policiers aux trousses des noirs, où existaient en plein boulevard Saint Michel, des lieux publics interdits aux noirs. A la faculté de droit, rue d’Assas, des groupes d’extrême droite ont arrosé d’acide un étudiant du Dahomey, actuel Bénin. Tout cela, bien sûr, vous n’en trouverez nulle trace dans les archives de la presse. Ce n’étaient pas des faits divers dignes de l’attention de ces illustres journaux… Je vous épargne de ma littérature et vous invite à ouvrir des enquêtes sur la question. Laissons les morts reposer en paix.

Mory Traoré

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