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J’aime bien ce message.  Je trouve tout à fait crédible l’idée que notre mode de vie, notre relation à ce qui nous entoure, favorise ou inhibe nos capacités cognitives; quant à savoir si les mutations des gènes sont ou non un facteur dans ce processus, on n’en sait pas assez encore. Mais chacun peut constater que quand on mange mieux, qu’on est moins exposé à la pollution, à la malpropreté, à la laideur de l’environnement, etc., on se sent mieux, on a l’esprit plus dispos.  Notre environnement urbain moderne, nos sociétés sont devenues si complexes, nos contacts avec la nature et les autres sont devenus si indirects (voiture, télé, numérique) tout en facilitant, mais à distance, ces contacts avec le monde, que l’esprit finit par perdre la capacité de concevoir, d’appréhender le tout – c’est une impression.

On entend dire, chez les Occidentaux, qu’il y a tellement « d’informations » (télé, vidéos, internet, presse, administrations, sciences) qu’il arrive parfois que « l’information » ne serve plus à rien, c’est-à-dire, qu’elle est incapable d’aider les décideurs à trouver des solutions correctes. (ici, je ne parle pas de la recherche proprement scientifique  très spécialisée). Aux Etats-Unis, selon Pierre Conesa (la Fabrication de l’Ennemi ou comment tuer avec sa conscience pour soi-Ed Robert Laffont), il y a environ 1 500 think tanks employant des dizaine et centaines de milliers de chercheurs, analystes, etc. bref des experts, dans le pays et dans le monde, travaillant sur toutes sortes de sujets. Le « brain trust » de Robert McNamara était composé, (je cite) « des meilleurs esprits des meilleures universités et instituts de réflexion stratégique. Ceux-ci, spécialistes de la théorie des jeux, de l’analyse des systèmes, soviétologues divers, ..conduisirent directement à l’engagement au Vietnam sur des justifications et motivations fausses et avec la certitude de la victoire. » (fin de citation). D’où des choses terribles, « les 150 000 litres d’agent orange, pesticide extrêmement dangereux » déversés sur le Vietnam. Le rapport de 1972 du Hudson Institute, demandé par un service français, et intitulé « Survol de la France » démontrait que (je cite) « en 1985 la France deviendrait une puissance industrielle très supérieure à la RFA (l’Allemagne) et ignorerait le chomage. » (!!!) J’en conclus, non pas que la réflexion stratégique ne vaut rien (bien au contraire, il nous en faut en Afrique et nos Etats devraient en avoir, ne serait-ce qu’au niveau régional !), mais qu’en matière de « connaissances », d’analyses du vivant, il faut faire très attention. Cela aide, cela éclaire, pour un certain temps, mais il y a différentes sortes d’intelligences, les « informations » dont nous parlons sont souvent un mélange de faits que nous arrangeons selon notre idéologie, laquelle est elle-même formatée par le système dans lequel nous vivons, par notre culture et par plein d’autres choses. Au finish, la réalité du terrain peut démontrer que les experts n’ont rien compris: il leur a échappé quelques petites choses….D’autres exemples peuvent être donnés: l’Ethiopie a refusé de suivre les recommandations du FMI qui voulait que le pays cesse de subventionner les prêts de ses petits agriculteurs; l’Ethiopie a sauvé ses petits paysans, le Kenya, à côté, qui a suivi ces recommandations, leur a fait beaucoup de tort et n’a pas pu relancer son agriculture sur cette base là. Le Malawi, dit-on, a réussi à relancer son agriculture vivrière en faisant le contraire de ce que le FMI/BM lui recommandait.

L’être humain, les sociétés, les cultures ne peuvent pas être mis en équations mathématiques, en courbes de rentabilité (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas en tenir compte !).  Peut-être qu’à l’intelligence, il faut aussi une part d’humanité, de sensibilité et d’éthique, il faut peut-être quelques entêtés qui disent « non, ce n’est pas bien, je ne peux pas faire ça ».

C’est juste une digression, sans prétention aucune à la vérité…

Laure Karcher

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