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– « Ce qui nous différencie de nos frères des pays développés qui connaissent l’écriture, c’est que la mémoire est plus paresseuse chez vous puisque vous confiez tout au papier… vous ne pouvez pas ne pas recourir au papier même pour ce que vous avez écrit vous mêmes vous ne vous souvenez plus, il faut que vous ayez recours au papier mais nous qui n’avons pas de lettres tout est dans la mémoire… »

« … Un jour j’arrivais à Paris, et il y a un président qui me disait :

« On vous attend à la Sorbonne »

« Qu’est-ce que je vais y faire ? »

« Pour un titre, docteur honoris causa, à cause de votre culture »

« J’ai dit, moi je cultive la terre contrairement à Senghor[1] qui cultive les Lettres »

Le testament de felix houphouet boigny

Malgré les précautions d’Houphouët Boigny pour se démarquer de l’écriture, nous nous sommes tout de même fourvoyés après son décès en 1993, en cherchant dans la Constitution écrite ses intentions.

L’homme agraire qu’est Félix Houphouët-Boigny ne confie pas ses intentions au papier mais il les grave dans la mémoire des hommes par des actions qu’il inscrit dans la réalité sociale, tel un metteur en scène. A ce titre, nous pouvons reconsidérer d’un nouvel œil la dernière prestation d’Houphouët Boigny. A savoir :

La cérémonie de présentation des vœux de nouvel an du corps diplomatique, en 1993.

En organisant cette cérémonie de vœux avec la communauté internationale, Houphouët Boigny était bien conscient d’être en train d’écrire son testament. La preuve, il a voulu donner à cette cérémonie une importance exceptionnelle en se refusant de faire le discours obligatoire du 32è anniversaire de l’Indépendance de la Côte d’Ivoire, le 7 décembre. le testament de felix houphouet boignyIl fit une brève apparition à la télévision nationale pour inviter la population à se concentrer sur la cérémonie de présentation des vœux du corps diplomatique qui devait se tenir quelques semaines plus tard.

Cette cérémonie de présentation des vœux du corps diplomatique, encore fraîche dans ma mémoire, a été entièrement enregistrée par la télévision nationale (RTI) et des copies vidéo se trouvent un peu partout en Côte d’Ivoire, avec des vendeurs ambulants ou aux « librairies par terre ».

Après le discours du corps diplomatique lu par le Nonce apostolique, nous pouvons voir dans le cadre de l’image Houphouët Boigny assis dans un fauteuil de velours rouge, entouré de tous ses enfants (gouvernement et présidents des institutions, Assemblée nationale, Conseil économique et social, Grande chancellerie…) tous formant autour du « Vieux » une harmonie ressemblant à un bouquet de fleurs. A la droite immédiate d’Houphouët Boigny était assis le Premier ministre Alassane Ouattara qui avait la réalité du pouvoir exécutif.le testament de felix houphouet boigny

Avant de dresser l’état de la nation, le Président, à travers le Nonce, s’est adressé au Pape Jean Paul II avec qui, il a toujours entretenu des relations profondes :

– « Je vous demanderai de façon particulière d’informer sa Sainteté le pape Jean Paul II, que je vous ai demandé de faire connaître mes sentiments de filiale affection et lui dire combien nous sommes heureux et fiers de ses multiples, constantes, pertinentes et courageuses prises de position en faveur de la paix, la paix inséparable du bonheur des hommes… » le testament de felix houphouet boigny

« … Je voudrais que vous reteniez tous cette réalité ivoirienne : Nous avons un gouvernement qui répond à l’attente du pays malgré les pires difficultés et vous le savez, nous sommes le seul en Afrique, à avoir refusé de réduire le salaire des fonctionnaires, et cela est mal apprécié. Le gouvernement a répondu, digne, à l’attente du pays. Nous lui faisons confiance, comme nous faisons confiance à l’assemblée nationale pour sa compétence, son dynamisme, son sérieux. Confiance à nos fonctionnaires pour leur assiduité au travail. Le secteur privé, et je suis heureux de vous le dire, malgré toutes les difficultés que nous connaissons les uns et les autres, le secteur privé ivoirien, le secteur privé travaillant en Côte d’Ivoire nous fait également confiance… Nous disposons des atouts qui nous permettent d’envisager l’avenir sous de meilleurs auspices.»

« … Tant que nous serons sur la terre des Hommes, il y aura toujours des différends entre les Hommes. Je demande à tous mes frères ivoiriens de s’engager, quelles que soient leurs tendances politiques de s’engager à détruire ce différend, à éliminer ce différend par la recherche patiente, obstinée de la paix, par le dialogue et la négociation, à l’exclusion de tout recours à la force … Donc ce que nous voulons c’est la paix. La paix dans la justice ! La paix dans la tolérance ! La paix dans la solidarité agissante ! La paix dans l’amitié fraternelle ! La paix dans l’amour ! Avec un peu plus de force et de conviction, Dieu !le testament de felix houphouet boigny (A ce moment précis, le président Houphouët Boigny lève les bras, tel un oiseau qui prend son envol vers les cieux) Vive la Côte d’Ivoire ! »

Cette fin de la cérémonie est émouvante et inoubliable.

La rétrospective des évènements du spectacle de la Côte d’Ivoire, incite les observateurs que nous sommes, à la conclusion suivante :

Pour ce qui est de la succession, l’arrivée au pouvoir de Henri Konan Bédié était une erreur, celles de Robert Guéï et de Laurent Gbagbo, des accidents. La référence au papier (Constitution) a brisé cette belle harmonie que nous a léguée Houphouët Boigny. Celui que « le papier du Blanc » a parachuté aux commandes s’est donné pour mission la division de la famille et le démantèlement du « bouquet de fleurs » jusqu’à aller s’en prendre à l’image d’Houphouët Boigny qu’il voulait faire disparaître de tous les lieux publics.

L’ « auto-proclamation » de Henri Konan Bédié au pouvoir en 1993, était de fait le premier « coup d’Etat » perpétré en Côte d’Ivoire en ce sens qu’il mettait fin à l’harmonie et au gouvernement formé par Félix Houphouët Boigny.

Une « auto-proclamation » au nom d’une Constitution écrite dont on faisait peu cas sous le règne de Houphouët Boigny.

L’application de la Constitution à la lettre était une trahison de l’esprit de feu Houphouët Boigny.

Ce serait également un grossier mensonge de dire que la Constitution (écrite) est l’expression d’un peuple à 80% analphabète.

Excellence Monsieur le Président de la République, le fait que vous ayez intégré dans votre univers, le Président Henri Konan Bédié, nous convainc définitivement que vous êtes le digne successeur de (feu) Félix Houphouët Boigny.

Extrait de : Lettre à Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire.

Pour aller plus loin ; La Côte d’Ivoire, quel avenir ?

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