Posted by & filed under Mes écrits, Mory Traoré, RCCD.

La Côte d’Ivoire redevient un pays fréquentable, et reprend sa place dans le concert des nations. C’est le degré zéro du développement au point où Houphouët Boigny l’a laissé. N’oublions pas qu’Houphouët Boigny a terminé sa vie dans la tristesse et les regrets d’avoir été un si bon collaborateur du Colon. « Si j’ai pris cette voie, c’est parce que j’étais convaincu qu’elle conduirait l’Homme africain à plus de liberté et de dignité, mais malheureusement la situation aujourd’hui est pire qu’avant » disait-il. Il maudissait presque la Banque mondiale, le FMI, les pays nantis et tous les intermédiaires (traders) de leur égoïsme et de leur incapacité à résoudre l’épineux problème de la détérioration des termes de l’échange. Le fils a-t-il des chances de réussir là où le père a échoué ?   

Il est vrai que l’environnement n’est plus le même. Internet et la téléphonie cellulaire sont des acteurs qui n’avaient pas encore fait leur entrée sur scène. Houphouët Boigny a vécu dans un monde moderne, bipolaire, caractérisé par le rayonnement exclusif de la civilisation industrielle.  La lutte (âpre) entre la civilisation agraire et la civilisation industrielle. Le pot de terre contre le pot de fer. Cette modernité dont les Etats Unis d’Amérique sont le symbole. « Ce nouveau pays trop tôt vieilli » selon l’expression de Bernard Dadié dans son ouvrage : « Patron de New York« [2].

Nous sommes aujourd’hui, dans une ère nouvelle. Une ère post-moderne, post-industrielle dont on peut dire, qu’elle est tripolaire. Notre « village planétaire » est habité par trois grandes civilisations qu’ Alvin Toffler[3], considère comme de grands vaisseaux en mouvement sur les ondes, et qui provoquent des vagues : La première vague, produite par la civilisation agraire. La seconde vague, correspond à la civilisation industrielle. Et la troisième vague, la civilisation de l’ordinateur. Les données sont complètement différentes. Que peut-on faire dans cette nouvelle situation ?

Les « Experts » de la communauté internationale et les « ONG des Droits de l’Homme » qui s’octroient le bon Dieu sans confession, sont toujours les premiers à écrire des recommandations et donner des instructions. Les suivre à la lettre, équivaudrait à foncer droit, tête baissée, dans le mur de la schizophrénie. Ici, j’accuse ! La « vision occidentale » dont l’ex-Président Laurent Gbagbo était imbu, l’a perdu.  Quoi qu’on dise, Laurent Gbagbo est un produit de l’Occident et non de l’Afrique. Sinon, nous n’aurions pas connu les complications aberrantes de la crise postélectorale.

« Juger les coupables, réussir la réconciliation et aboutir à un gouvernement d’union » serait un résultat applaudi par la « communauté internationale ». Mais curieusement, ce serait aussi la pire des insultes au peuple. Car, qu’aurait-il alors gagné, ce peuple, en contrepartie du sacrifice de sa vie ? Spolié de son pouvoir de citoyen, réduit à jouer le rôle de bétail électoral et de spectateur du partage de « gâteaux » entre le parti au pouvoir et le parti d’opposition.

Pour aller plus loin : L’Apartheid Mondial

[1] Dadié, Binlin, Bernard. 1964. Patron de New York. Paris : Présence africaine.

[2] Toffler, Alvin. 1980. La Troisième Vague. Paris : Denoël.

Extrait de : Lettre à Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire.

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  • LOUISON

    Je pense qu’il n’y a pas de problème autre que les Ivoiriens eux-mêmes. J’aime la Côte d’Ivoire. Je continue de croire que c’est l’un des pays les plus magnifiques au monde! Mais les Ivoiriens regardent aux apparences: leur multiplicité devrait les amener à se respecter les uns les autres avec leurs particularités. Il faudrait maintenir l’éducation traditionnelle, continuer à inculquer aux jeunes le respect des aînés, de la terre et de leur village. Pourquoi abandonner la terre, une richesse naturelle aux mains des exploitants miniers ou des financiers internationaux qui eux, ont les yeux bien ouverts? La Côte d’Ivoire, divisée plus que jamais, a besoin d’un homme ou d’une femme qui aime ce pays tout simplement et qui est prêt à s’oublier lui-même pendant un certain nombre d’années pour remettre le pays en place; sans tenir compte de l’opinion internationale qui a ruiné l’Afrique noire et ne tient certainement pas à ce que ce pays soit dirigé par un vrai humaniste. C’est là mon opinion.