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Tel est le titre attrayant d’une dépêche publiée le vendredi 25 avril 2014 par l’ Agence Ivoirienne de Presse.

Abidjan – Un universitaire ivoirien, Pr Kouadio N’guessan Jérémie prône le ‘’toupkè’’ ou alliance à plaisanterie comme solution pour renforcer la cohésion sociale en Côte d’Ivoire, après la crise militaro-politique qu’a connue le pays en 2002 et qui a fragilisé le tissu social.

Le pacte autorise, entre les alliés, toute sorte de jeux et plaisanteries verbales sans conséquence (ce que Marcel Griaule désigne comme une alliance cathartique). « Selon les historiens, l’origine de ce système de cousinage remonterait à l’antiquité africaine dans la vallée du Nil. Il serait un héritage du totémisme pratiqué durant cette époque, ou chaque clan était associé à un animal ou un végétal totem. » (Wikipédia)

L’alliance cathartique est certes une merveilleuse création de l’Afrique, mais arrêtons de tromper les jeunes en leur racontant du n’importe quoi.

Comment expliquer à ces intellectuels alphabétisés que les choses ne fonctionnent correctement que dans leur contexte ? L’alliance tribale existant entre Hutus et Tutsis du Rwanda n’a pas empêché l’extermination des uns par les autres (et vice versa) !!!

Suite aux terribles massacres perpétrés au Rwanda, j’ai eu à demander à un jeune Rwandais de seize ans, ami de mon fils :

– « Que s’est-il passé au Rwanda ? »

– (Après un long silence, il s’est borné à dire : « C’est la carte d’identité qui nous a tué ».

Cela, un esprit occidental est presqu’incapable de le comprendre.

Les recettes des traditions orales, certes efficaces dans la civilisation agraire, ne sauraient avoir la même efficacité dans la civilisation industrielle ou moderne. Pour ne pas nous éloigner de la situation locale en Côte d’Ivoire, disons que si « le toukpê, institution africaine qui permet de régler les problèmes à travers la tolérance et le dialogue » était efficace, la crise ivoirienne n’aurait pas été ce qu’elle fut et la Côte d’Ivoire aurait évité la guerre.

morytraore.com

Le « Toukpê » ne fonctionne que dans l’environnement d’une Afrique non-corrompue.

La Côte d’Ivoire est un pays indépendant auquel le colonisateur, contre les traditions orales, a imposé la divinité moderne du Papier (l’écriture). Il en est de même pour tous les pays indépendants. Le papier est connu pour être le médium de corruption par excellence. N’oublions pas que le roi du papier se nomme Argent. Les écoles et les universités sont les hauts lieux de la corruption des valeurs africaines. Je ne suis pas entrain d’insinuer que l’école n’est pas bonne. J’espère simplement par cette explication, vous permettre de comprendre pourquoi l’université d’Abidjan fut le foyer de la mort et de la guerre en Côte d’Ivoire.

Dans ce contexte moderne, caractérisé par la négation et la division, inutile de chercher une quelconque cohésion sociale. Dans les universités, lorsque les intellectuels parlent d’humanité, ne vous y trompez pas, c’est de littérature qu’il s’agit et non des êtres humains. Faut-il une énième fois expliquer que le système de l’écriture, en l’occurrence, l’alphabet phonétique, est le prototype de l’usine de production industrielle ? L’alphabet phonétique fonctionne comme une machine broyeuse. La broyeuse fragmente en microparticules toute réalité qu’on y introduit. Ensuite, l’alphabet phonétique reconstitue la dite « réalité » sous une autre forme sans vie dans la civilisation (industrielle).

Imposer à l’Afrique de passer par cette broyeuse qu’est l’alphabet, c’est commettre un génocide.

J’ose espérer qu’enfin, vous commencerez à comprendre le véritable drame de la Côte d’Ivoire, du Rwanda, de l’Afrique et aussi la misère de l’Occident.

Mory Traore

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