Posted by & filed under La pensée du jour, Mory Traoré.

J’ai l’impression parfois d’être vieux, très vieux même car j’ai la sensation souvent de parler à des enfants, indépendamment de leur âge réel. Il y a quelques décennies, dans un maquis populaire de Treichville (un maquis est, en Côte d’Ivoire, un lieu public de restauration, informel, généralement sans pancarte, à l’intérieur d’une cour d’habitation privée), je discutais avec un ami, brillant journaliste, qui occupe aujourd’hui un poste élevé dans la communication. Notre sortie était à l’occasion du passage à Abidjan d’un autre ami Européen, de la presse. Le sujet de conversation que j’avais effleuré était le parallèle que je faisais entre le journaliste et le comédien (acteur).

L’acteur joue un rôle en tenant compte du personnage et du cadre de la mise en scène, tout comme le journaliste qui joue aussi un rôle en conformité du personnage et de la ligne éditoriale. L’ami, à l’époque, adepte de la liberté absolue du journaliste, ne semblait pas d’accord avec mes propos. Il avait même vertement critiqué ma thèse en rétorquant que le journaliste ne joue pas et que, quelque soit la ligne éditoriale, il écrira sincèrement en conformité avec sa seule conscience.

Quelques années plus tard, quand le pouvoir était en situation difficile, je l’ai vu plier l’échine et écrire non pas en conformité avec sa conscience, mais strictement ce que la ligne éditoriale imposait à tous les journalistes d’écrire. D’ailleurs, aucun journaliste, qu’il soit culturel, du sport ou des faits divers, n’y a échappé.

Aujourd’hui, avec sa nouvelle responsabilité de chef, je doute fort qu’il puisse tenir le même discours sur la liberté du journaliste. Il a ajouté une autre corde à son arc : il joue maintenant à l’écrivain. Après tant de transformations, que pourra-t-il me dire, si je lui affirmais à nouveau, qu’un écrivain est un acteur, c’est à dire un hypocrite, un menteur !

Le journaliste a bien changé au gré du pouvoir, mais l’acteur que je suis, reste égal à lui même : un artiste qui n’a de compte à rendre qu’au Créateur, son seul modèle.

le journaliste et le comedien

DEJA VU de N. X. Ebony (signe Akan)

Mory Traoré

Abidjan, Côte d’Ivoire.

Share This:

Share This:

  • Innocent leblanc

    tres d accord je pense que tous a un niveau nous sommes tous comediens avecs nos femmes nos enfants nos amis etc