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L’Odyssée admirable du peuple Burkinabé s’est affaissée telle une flèche brisée depuis l’ultimatum lancé par l’Union africaine. Le lieutenant-colonel Isaac Zida ayant cédé aux pressions qui l’obligent à transmettre immédiatement le pouvoir aux civils, l’on n’attendait plus que le nom de son imminent successeur. À l’annonce officielle du nom de celui présidera la transition au Burkina Faso, Michel Kafando, j’ai écrit sur ma page Facebook le commentaire ci dessous :

Un diplomate d’une longue carrière, au curriculum kilométrique, vient d’être nommé comme Président de la transition. Le brave peuple du Burkina est offert en offrande sous la pression de la communauté internationale et la complicité d’une minorité d’intellectuels. La Charte et la Constitution se substituent au peuple qui n’est plus acteur. Le Burkina Faso est désormais aux mains des professionnels, diplomates et constitutionnalistes qui s’appliqueront minutieusement à coups de « scalpels » à le mettre en état d’être livré à des « élections démocratiques libres, justes, transparentes et équitables ».

Une amie dont j’admire le sérieux et l’engagement, qui aux plus chauds moments des manifestations dans les rues du Burkina, avait publié sur le réseau social Facebook, à la page du «Mouvement Blaise Compaore Doit Partir » au Burkina Faso » la fameuse photo du peuple, légendée : « Nous Voilà », m’interroge suite à mon commentaire.

 

Nous voilà

Nous voilà

A. Z. : « Penses-tu que Monsieur Michel Kafando sera à la hauteur de la tâche ? »

Merci Aissa Zonou, je connais ton intérêt et ton engagement pour un meilleur devenir du Burkina Faso. Aussi ta question est une préoccupation très pertinente.

 

Mais de quelle tâche s’agit-il ? Sans se mentir, la mission de Monsieur Kafando consistera à donner satisfaction à ceux qui l’ont nommé. Il n’a justement pas été nommé par le peuple.

 

Un peuple bâillonné ne s’exprime pas tous les jours. Le peuple du Burkina Faso s’est pleinement exprimé le 30 et 31 Octobre 2014. Qu’a exprimé le peuple ces jours là ?

 

Deux choses précises rien de plus :
Son ras-le-bol de l’Assemblée nationale qu’il a incendié et
Son ras-le-bol du Président de la République contraint à la démission après s’être enfui.

 

L’Assemblée nationale et la Présidence sont deux institutions clé de la Constitution du 2 Juin 1991.
Si nous voulons sérieusement et honnêtement servir le peuple, il nous incombe d’initier des débats publics sur les deux problèmes stigmatisés par le peuple, et qui impliquent automatiquement la Constitution qui les a générés.

 

Ce débat qui nous aurait aidé à mieux cerner les réelles intentions du peuple, aurait pu se tenir, tranquillement et dignement sous l’égide du pouvoir militaire assurant la sécurité pour tous, et réglant les affaires courantes.

 

Cela ne fut pas fait, à cause de la menace terroriste suivie d’un ultimatum de l’Union Africaine, de l’Union Européenne, de l’ONU, de la « communauté internationale » et des États-Unis d’Amérique en tête. J’entends par terroriste le fait d’imposer à autrui sa vision particulière par la force et non par la conviction et l’amour.

 

En lieu et place de cela, qu’est-ce qui fut fait ?

 

Premièrement, la mise à l’écart immédiate du peuple auquel s’est substitué un comité de 23 personnes non choisies par le peuple, mais arbitrairement rassemblées par la force de je ne sais quel hasard.

 

Deuxièmement : ce comité illégitime, substitut forcé du peuple, par usurpation du pouvoir du peuple, décide de la levée de la suspension de la Constitution du 2 Juin 1991. Et dans le même temps, ce comité (une minorité de 23personnes) se donne le pouvoir (législatif) d’écrire, entre les quatre murs d’un lieu obscur, à l’insu du peuple, une constitution-bis nommée : Charte, pour servir de guide au gouvernement qui pilotera la transition.

 

Troisième et dernière étape de la mise à l’écart du peuple. Le papier, ou plus précisément, deux papiers conflictuels : la Constitution et la constitution-bis appelée Charte, se substituent au peuple des hommes intègres.

 

Le papier ayant détrôné les hommes, il sera demandé au peuple et aux citoyens de se tenir tranquille. Désormais, le moindre mouvement est susceptible d’être fortement maté par des militaires, irresponsables puisqu’ils n’ont pas le pouvoir de décision. Ils sont réduits, tels des machines, à exécuter des ordres y compris les plus absurdes, provenant d’un Président confortablement installé dans son bunker et sans aucun contact avec le peuple qu’il ne connait pas. Ce sera une situation de totale irresponsabilité.

 

Dans le contexte que nous avons décrit, il est évident que la tâche de Monsieur Michel Kafando sera de parachever le travail entrepris par ceux qui l’ont nommé : la minorité des intrigants (comité de 23membres), l’UA, l’UE, l’ONU, la « communauté internationale », les États-Unis d’Amérique. C’est à dire, la mise à l’écart complète du peuple. Par rapport à cet objectif, et vu le profil de Monsieur Michel Kafando et son expérience – il a passé pratiquement toute sa vie dans les milieux diplomatiques – nous pouvons dire qu’il est, à n’en pas douter, à la hauteur de la tâche attendue par ses commanditaires.

 

Ce qui n’est pas un bon signe pour le peuple qui semble avoir perdu ce qu’il était à deux doigts de conquérir : La prise en main par le peuple lui-même, de sa propre destinée.

 

Militaires et foule de manifestants pacifiques
Espérons de tout cœur que les choses ne se passeront pas ainsi. Dans notre univers tripolaire du vingt et unième siècle, les technologies nouvelles n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le numérique et les réseaux sociaux dont on ne perçoit que faiblement encore, les effets et la puissance, poussent l’humanité vers plus d’amour et de partage. Fort heureusement, les surprises et les rêves sont encore possibles.

 

 

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